C'est pas mon idée !

mercredi 24 mai 2017

L'IA devient stratégique pour U.S. Bank

U.S. Bank
Depuis plusieurs mois déjà, les progrès de l'intelligence artificielle ont suscité le lancement de nombreuses expérimentations dans les institutions financières. Mais, s'il faut en croire une récente offre d'emploi (dénichée par Bank Innovation), pour U.S. Bank, le moment est maintenant venu de passer à une approche plus industrielle.

La cinquième banque américaine est à la recherche d'un responsable des pratiques d'intelligence artificielle et d'apprentissage automatique (« machine learning »), pour rejoindre son groupe d'innovation (il n'est tout de même pas encore question d'une direction opérationnelle). Sa mission consistera, avec un certain niveau d'autonomie mais en collaboration avec les autres directeurs, à animer et coordonner la création et le développement de produits, ainsi que la stratégie d'entreprise en la matière.

Derrière ces généralités, les ambitions affichées ne se contentent pas d'études et de projets pilotes. Non seulement la future recrue devra-t-elle définir et implémenter des modèles d'affaires complets, elle devra également se mettre en position de recommander et piloter des initiatives concrètes, susceptibles, à un horizon de 3 ans, d'aboutir à des produits commercialement viables, générateurs de chiffre d'affaires et, potentiellement, de profits significatifs. Les domaines visés sont vastes, entre amélioration des ventes et réponse à de nouveaux besoins clients, en passant par l'efficacité de la banque.

En filigrane, U.S. Bank est donc clairement en train de faire le premier pas vers une introduction généralisée de l'intelligence artificielle dans tous ses métiers, avec une approche structurée et cohérente. Ce qui peut surprendre le plus dans la démarche est l'échelle de temps évoquée : parler de 3 ans (ou même un peu plus) pour commencer à mettre l'organisation en ordre de marche peut sembler court. En réalité, il est quasiment certain que, les progrès s'accélérant de manière exponentielle, la révolution est proche.

Dans les prochains mois, il deviendra facile d'identifier les banques qui auront le plus de chances, à terme, de survivre au raz-de-marée des évolutions technologiques et « digitales » : ce seront celles qui, comme U.S. Bank, se positionneront sur les sujets les plus disruptifs (qu'il faudra savoir détecter) avec une vision stratégique et non simplement en dilettante touche-à-tout, passant d'une expérimentation à l'autre…

Offres d'emploi U.S. Bank

mardi 23 mai 2017

TransferWise, Acte II : le compte bancaire

TransferWise
À peine plus de 6 ans après son lancement, TransferWise a atteint le point d'équilibre avec sa révolution des transferts d'argents. Pour les fondateurs d'une des rares licornes de la FinTech européenne, ce jalon est l'occasion de passer à la vitesse supérieure, en créant le compte courant des petites entreprises ignorant les frontières des devises.

S'il fallait encore une démonstration du pouvoir de transformation des nouveaux entrants sur les domaines les plus poussiéreux du secteur financier, TransferWise pourrait en être l'archétype. Grâce à son modèle opérationnel optimisé et à sa promesse de tarifs réduits et, surtout, totalement transparents, la jeune pousse a connu une croissance fulgurante (mais parfaitement saine) qui lui permet d'affirmer qu'elle opère désormais environ 10% des transferts internationaux du Royaume-Uni !

Mais ce n'était là qu'une première étape et ses ambitions grandissent… Sa nouvelle offre « Borderless account » est ainsi destinée à éradiquer les frustrations vis-à-vis des banques des petites entreprises et autres travailleurs indépendants dont les activités franchissent les frontières. Disponible initialement au Royaume-Uni et dans la zone Euro, elle consiste en un compte bancaire multi-devises possédant une déclinaison (avec identifiant local – IBAN ou équivalent) britannique, européenne et américaine.

En pratique, cette solution originale peut gérer simultanément des fonds en 15 devises différentes, entre lesquelles les échanges sont libres (par l'intermédiaire de la plate-forme de TransferWise, selon ses conditions habituelles), tandis que les mouvements (dépôts et virements) réalisés dans chacune des 3 zones d'implantation (qui seront progressivement étendues) sont traités comme des opérations domestiques, et, par conséquent, sans aucun frais de change. La banque du monde globalisé, en quelque sorte…

TransferWise Boundless Account

La promesse est alléchante : avec ce compte, finies les ponctions exorbitantes lorsqu'un consultant britannique se fait rémunérer en dollars par un client américain ou lorsqu'une société basée en Europe continentale vend ses produits en Angleterre…

En 2017, il semble évident que la cible visée par le « Borderless account » représente déjà une proportion non négligeable d'entreprises, vouée à croître, à laquelle les banques traditionnelles n'ont aucune réponse satisfaisante à apporter. En appliquant les recettes qui ont déjà fait leurs preuves – transparence et coûts modérés, notamment – dans une approche qui se positionne dans le prolongement de son activité d'origine, TransferWise a donc toutes les chances de capitaliser sur son succès et fidéliser ses clients.

L'extension du même principe aux particuliers est déjà envisagée, tout comme l'attribution d'une carte de débit, qui ferait alors de TransferWise une véritable « néo-banque », et une concurrente sérieuse des acteurs historiques, sur un segment de clientèle a priori attractif. TransferWise suit en cela une tendance émergente dans la FinTech, de partir d'un métier spécialisé (crowdlending, PFM…) pour, ensuite, attaquer un marché de plus en plus large. Et les arguments de ces startups commencent à être convaincants…

lundi 22 mai 2017

Ageas gère les sinistres à l'intelligence artificielle

Ageas
Même s'il reste toujours exagéré de parler d'intelligence artificielle, les nouvelles techniques d'analyse de données continuent à investir les processus traditionnels de l'assurance. Ainsi pour Ageas UK, l'évaluation des dommages aux véhicules accidentés est maintenant prise en charge par les algorithmes d'une jeune pousse, Tractable.

Le principe de la solution mise en place est finalement simple : grâce aux extraordinaires progrès du traitement d'images, il devient possible de concevoir un logiciel capable de déterminer avec précision les réparations nécessaires à partir des photographies de la voiture endommagée. Pour un assureur, il représente une excellente opportunité d'améliorer la fiabilité de ses opérations, de réduire la fraude et d'accélérer la résolution des dossiers de sinistres, pour la plus grande satisfaction des clients.

Après une phase de test préliminaire, couronnée de succès, au cours de laquelle des milliers d'images de véhicules accidentés ont été soumises à son système, Ageas passe désormais à un déploiement plus large, toujours dans un mode expérimental. La première cible en sera son réseau de réparateurs agréés, dont les devis pourront être validés automatiquement, en quelques secondes, tandis que les anomalies seront signalées à un spécialiste humain chargé de prendre le relais en cas de suspicion de fraude.

Dans ce qui semble devenir la norme en la matière, la compagnie d'assurance vante l'intérêt pour les experts qui étaient jusqu'alors responsables de ces tâches de pouvoir se concentrer sur les dossiers les plus complexes, laissant le robot s'occuper du « tout venant », peu valorisant. Il ne faut cependant pas se voiler la face : de toute évidence, un certain nombre d'emplois sont directement menacés par le niveau d'automatisation introduit avec la technologie de Tractable. Et nous n'en sommes qu'au début…

Il faudrait pourtant sérieusement se préoccuper de la question, de toute urgence. Les avancées prodigieuses de l'intelligence artificielle dans toutes sortes de domaines – qui, très souvent, ne se contentent pas de remplacer l'humain pour plus d'efficacité mais apportent également une valeur irrésistible aux clients – vont bientôt submerger les entreprises, sans aucune possibilité de retour en arrière. À défaut de préparation, les belles promesses de l'automatisation se transformeront vite en désastre sociétal.

Tractable

dimanche 21 mai 2017

Les petites entreprises oubliées par les banques

Banque de France
Quand la Fédération Bancaire Française vante [PDF] régulièrement les efforts de ses membres en faveur du financement de l'économie, les statistiques trimestrielles de crédit publiées par la Banque de France montrent une situation plus contrastée, dans laquelle les très petites entreprises (moins de 10 salariés) sont particulièrement mal servies.

Bien sûr, les 911 milliards d'euros de crédits accordés globalement aux entreprises en 2016, qui permettent notamment de répondre à 90% des demandes de crédit d'investissement des PME, paraissent justifier les protestations des banques quand elles se voient reprocher d'être trop prudentes. Même le taux logiquement plus faible de satisfaction des besoins des TPE, à 82% au premier trimestre 2017, reste plutôt flatteur et devrait leur donner les moyens d'envisager sereinement leur développement.

Malheureusement, le tableau est beaucoup plus sombre en matière de financement de trésorerie : si les PME obtiennent les crédits qu'elles sollicitent dans plus de 80% des cas, plus d'une demande sur trois émanant d'une petite structure est rejetée. Or il est question là de la survie de ces acteurs qui, avant d'envisager une quelconque expansion, doivent commencer par stabiliser leur fonctionnement. Rappelons qu'un quart des défaillances d'entreprises seraient dues à des retards de paiement…

Comme le souligne un article du Figaro Économie, une des principales raisons de la défiance des banques vis-à-vis des TPE est la perception (raisonnable) d'un risque élevé, qui peut lui-même être attribué au fait (anormal) qu'elles ne connaissent pas ces clients. La relation étroite qui existait autrefois entre entrepreneurs et conseillers a plus ou moins disparu, entraînant directement la perte d'une source essentielle d'information (et d'empathie) qui transforme désormais le demandeur de crédit en un dossier anonyme.

À l'origine du phénomène, la transition vers la banque à distance – que ce soit avec les automates, les centres d'appel, les services en ligne, les applications mobiles… – affecte la fréquentation des agences, donc les opportunités de contacts et d'établissement d'une confiance mutuelle. S'enchaîne ensuite un effet boule de neige, avec la fermeture des agences presque désaffectées et l'augmentation du nombre de clients attribués aux conseillers, qui conduit à son tour à une déliquescence de la maîtrise des dossiers…

Il n'y a pourtant pas de fatalité ! Aujourd'hui, la connaissance des PME peut emprunter des voies nouvelles, plus « digitales », accompagnant l'évolution des comportements. Les exemples de solutions ne manquent pas : quand des startups telles qu'Estimeo ou Early Metrics (qui a récemment signé un partenariat avec LCL) sont capables d'évaluer la fiabilité de jeunes entreprises, les banques devraient être en mesure, avec les masses de données auxquelles elles ont accès, de tout savoir sur leurs clients…

L'enjeu est d'autant plus important que les petites structures ne disposent pas de beaucoup d'alternatives quand elles souhaitent financer leur trésorerie, même parmi les acteurs émergents (on peut citer Finexkap pour l'affacturage ; quant au crowdfunding, il devrait en principe être réservé à l'investissement). Alors, quand les banques se mettront-elles à faire entrer leurs processus de connaissance client dans l'ère digitale ?

L'année de la banque en 2016

samedi 20 mai 2017

Nouvelle offensive de Google dans le paiement

Android Pay
Pas à pas, au fil des mois, Google poursuit inlassablement ses efforts dans le monde des paiements, jusqu'à ce que doive arriver le jour où les acteurs historiques réaliseront qu'ils se sont laissés dépasser… Sa dernière conférence I/O a été l'occasion, entre autres, de l'annonce d'une offensive majeure dans les services complémentaires.

Mercredi dernier, Google présentait en fait toute une série de nouveautés destinées à enrichir la galaxie Android Pay. Citons pour commencer ce qui tient plus du rattrapage technologique que de l'innovation : la mise à disposition prochaine d'une interface (API) permettant d'intégrer simplement les paiements sur un site web ou dans une application mobile. La seule (maigre) originalité est la possibilité d'utiliser tous les cartes enregistrées sur un des sites du géant internet, sans avoir à les ré-enregistrer.

Déjà plus intéressant, Google promet d'introduire – aux États-Unis, dans les mois qui viennent – des capacités de transfert d'argent dans son assistant interactif vocal, que celui-ci soit sollicité sur smartphone ou via le module Google Home. Après les chatbots hébergés dans les messageries sociales (Facebook Messenger depuis longtemps, Telegram depuis cette semaine), les paiements s'inviteront inévitablement sur ces nouveaux canaux d'interaction (Amazon suivra certainement, avec Alexa).

Surtout, dans commerce de proximité qui constitue l'enjeu principal d'Android Pay, Google s'aventure pour la première fois dans une stratégie (attendue) d'expansion autour du parcours d'achat, permettant d'enrichir la relation client avant, pendant et après la transaction financière. Sans surprise, sa démarche s'appuie sur les outils marketing classiques – coupons de réduction, offres promotionnelles, programmes de fidélité… –, qui peuvent désormais être étroitement couplés au porte-monnaie mobile.

Fidélité sur Android Pay

Il n'est plus ici seulement question d'ajouter (facilement) les cartes de fidélité des commerçants dans Android Pay, comme le fait son concurrent direct Apple Pay. Grâce à sa nouvelle API « Card Linked Offers » (dont on ne sait plus trop à quelle « carte » elle fait référence), elle leur permet d'enregistrer leurs promotions et leurs annonces commerciales directement sur le téléphone. Elles seront alors, par exemple, automatiquement signalées à l'utilisateur dès qu'il se rendra dans leur boutique.

L'utilisation des offres est elle-même simplifiée. La technologie « Smart Tap » (encore en test) vise ainsi à combiner dans un seul geste le paiement sans contact et l'application des réductions ou autres promotions disponibles dans le porte-monnaie virtuel. Google a même pensé à donner le choix au commerçant de la cinématique : s'il le souhaite il peut opter pour un règlement en deux étapes, qui lui donne l'opportunité de montrer à son client l'avantage qu'il impute sur le prix final, avant de valider le paiement.

Comme toujours, la démarche parfaitement ciblée de Google s'avère redoutablement efficace. Dans un marché des paiements « compliqué », saturé et à la faible rentabilité, sa force et son modèle économique résident dans l'expérience utilisateur. Et c'est bien sur celle-ci que tous ses efforts sont concentrés, avec une solution ouverte qui permet aux tiers – spécialistes des paiements ou de la gestion marketing, dont un certain nombre comptent parmi ses premiers partenaires – de s'intégrer dans un modèle transparent, à vocation universelle, et donc vraiment pensé pour le consommateur.

vendredi 19 mai 2017

Hippo : le digital n'est plus réservé aux jeunes

Hippo
Bien que les startups de la FinTech et de l'InsurTech soient prêtes à attaquer tous les métiers du secteur financier, elles montrent une nette préférence pour les domaines dans lesquels les jeunes générations – plus férues de « digital » que leurs aînées – sont largement présentes. Mais l'ère de la discrimination pourrait bientôt toucher à sa fin…

Prenons le cas de l'assurance habitation : jusqu'à maintenant, les quelques jeunes pousses qui se sont positionnées sur ce créneau visaient exclusivement les locataires et assimilés, pour la simple raison que la plupart des « digital natives » sont dans cette catégorie. Or, depuis quelques jours, Hippo a lancé, en Californie, une offre réservée aux propriétaires de leur résidence principale, avec la promesse (classique) d'apporter une vision modernisée face à un modèle historique obsolète.

Concrètement, la startup affirme que ses tarifs sont jusqu'à 25% inférieurs à ceux de la concurrence (grâce à la rationalisation de ses processus), pour une couverture plus complète – intégrant, par exemple, les appareils électroménagers (qui tombent parfois en panne), le matériel informatique (parce qu'il arrive à tout le monde de travailler chez soi), la prise en compte des surcoûts de reconstruction (car, en cas de tempête, la pénurie fait grimper les prix), une extension aux nounous et autres baby-sitters…

Elle vante également, bien sûr, sa réactivité incomparable – 60 secondes pour un devis et à peine plus pour la souscription, dans la plupart des cas, en capitalisant sur diverses sources de données auxquelles elle a accès, telles que Zillow pour les informations résidentielles. Enfin, elle inclut dans ses contrats des objets connectés destinés à détecter les sinistres avant qu'ils ne prennent des proportions catastrophiques, réduisant de la sorte à la fois le stress de l'assuré et le montant des dommages à indemniser.

Accueil Hippo

En somme, l'offre de Hippo est parfaitement caractéristique de l'InsurTech. La question qui se pose alors est de savoir si ces arguments, habituellement utilisés pour convaincre des jeunes adultes parfaitement à l'aise avec les entreprises technologiques, résonneront aussi auprès des Générations X et des Baby Boomers (en gros, les plus de 35-40 ans) qui constituent la majorité des propriétaires immobiliers. Je pense que non seulement la réponse est positive mais que, de plus, il s'agit d'une tendance prometteuse.

Pour le comprendre, prenons un peu de recul. Quand on scrute les comportements des différents segments de population, on remarque que, si les jeunes ont une forte culture « digitale », ils paraissent parfois préférer une relation avec un acteur traditionnel quand ils s'intéressent à des produits, sinon complexes, du moins intimidants. C'est en fait le manque d'expérience en matière d'assurance (il en est de même avec la banque) qui guide les choix et les nouveaux entrants ont du mal à surmonter cet obstacle.

À l'inverse, les générations plus mûres sont relativement à l'aise avec le sujet de l'assurance, et donc parfaitement en mesure d'apprécier les avantages que présente la solution de Hippo. La seule véritable raison qui peut les retenir de s'adresser à une jeune pousse est leur « inaptitude » numérique. Mais, évidemment, avec le temps, celle-ci s'estompe naturellement et les plus de 40 ans sont (en moyenne, en tous cas) de plus en plus accoutumés aux services en ligne. Comme, en parallèle, ils représentent globalement un marché plus aisé, il est facile de comprendre l'intérêt de les cibler !

Le mouvement ne demande qu'à s'étendre et se décliner dans tous les secteurs dont la clientèle est composée de Générations X, ce qui n'est plus aujourd'hui synonyme de rebelles au « digital » : l'investissement, le crédit immobilier, l'assurance-vie…

jeudi 18 mai 2017

BBVA intègre la banque dans les messageries

BBVA
En dépit de l'euphorie généralisée pour les messageries sociales et des initiatives prometteuses de plusieurs startups, rares sont les institutions financières qui ont saisi les opportunités qu'elles leurs offrent, hormis quelques « chatbots » dédiés au support. Depuis peu, BBVA fait ainsi partie des pionnières qui intègrent de véritables services bancaires au cœur de ces plates-formes.

Rien de bien extraordinaire, il est vrai ! Un premier « chatbot », accessible dans Facebook Messenger (l'incontournable) et dans Telegram (le challenger, plus surprenant), propose essentiellement à son interlocuteur de consulter les soldes de ses différents comptes et cartes de crédit. La deuxième application – qui, quant à elle, est disponible dans tous les outils de messagerie (puisqu'elle repose sur un clavier personnalisé, comme celui de Westpac) – permet d'envoyer très facilement de l'argent à un contact.

Naturellement, cette sobriété est due, en partie, au côté expérimental des deux solutions : il n'est nul besoin de décliner toute la banque dans Messenger pour vérifier si les utilisateurs trouvent un quelconque intérêt au concept. On retrouve donc là une application concrète du principe de MVP (« Minimum Viable Product »), dont il faut reconnaître qu'il a probablement été très simple à mettre en œuvre. Mais, surtout, BBVA appréhende certainement l'impératif d'identifier et analyser les attentes de ses clients.

En l'occurrence, il ne s'agit nullement de déterminer la proportion de consommateurs qui sont adeptes des messageries sociales, de mesurer le temps qu'ils y passent, et d'en déduire le marché potentiel pour un service bancaire mis à leur disposition sur leur plate-forme de prédilection. La première question qui doit se poser est plutôt : les utilisateurs rencontrent-ils des situations dans lesquelles la banque serait susceptible de leur apporter un service pertinent et utile, et, dans l'affirmative, lesquels ?

Chatbot BBVA

Ici, les choix de BBVA tiennent du pur bon sens. Si le fait que la consultation des soldes de compte représente aujourd'hui plus de 90% des accès aux apps bancaires ne constituait pas un argument suffisant pour la rendre plus rapide, depuis la messagerie, l'information de la situation financière peut aussi s'avérer utile dans une conversation (avant de confirmer un rendez-vous avec des amis, par exemple). Quant aux paiements entre amis, est-il vraiment nécessaire d'en expliciter l'adéquation de l'usage ?

La démarche de la banque espagnole n'est pas exempte de défauts. Outre l'étrange idée de créer deux services distincts, aux approches différentes, ceux-ci ne jouent pas à plein sur les avantages de l'interface conversationnelle des messageries, puisqu'ils reposent sur des mécanismes applicatifs, à base de menus, d'options et de boutons d'action. Or le bénéfice des « chatbots » (parfaitement compris par les startups qui s'en emparent) est de faciliter les interactions grâce à des échanges en langage naturel, évitant d'avoir à explorer une interface plus ou moins intuitive pour trouver ce qu'on cherche.

Cette immense qualité est justement une des principales raisons pour lesquelles je crois que la mutation progressive des messageries sociales en plates-formes de services a des chances de s'imposer durablement, tout comme les assistants vocaux de type Alexa, qui s'en rapprochent. Dès lors, il devient important pour les institutions financières d'y rejoindre leurs clients, d'autant plus que, par effet de vases communicants, les apps mobiles indépendantes courent le risque de voir leurs usages baisser rapidement.

mercredi 17 mai 2017

App de services ou app de paiement ?

LCL Avantage +
L'actualité récente nous procure, encore une fois, une petite collision d'annonces comme je les affectionne. Entre le (re-)lancement du porte-monnaie mobile Lyf Pay par BNP Paribas et Crédit Mutuel et la publication de l'application Avantage+ de LCL, nous nous trouvons en effet face à deux conceptions opposées du développement de services à valeur ajoutée dans l'univers du paiement.

Même s'il a relativement peu progressé, le thème est récurrent depuis plusieurs années : tous les acteurs du secteur des paiements considèrent que, les marges sur les commissions s'érodant progressivement (notamment sous la pression réglementaire et l'aiguillon permanent que constituent les nouveaux entrants), l'avenir de leur modèle économique doit, d'une manière ou d'une autre, intégrer des services additionnels dans le parcours du consommateur, avant ou après la transaction proprement dite.

Ainsi énoncé, le principe paraît large. En réalité, ses seules véritables incarnations concernent les offres promotionnelles. Sous différentes formes (coupons, programmes de fidélité, réductions immédiates…), il s'agit de fournir au consommateur des avantages spécifiques lors de ses achats, en le guidant vers les boutiques qui lui proposent les meilleures conditions. Sans surprise, ce sont donc aussi des approches de ce type que veulent promouvoir BNP Paribas et Crédit Mutuel, d'une part, et LCL, d'autre part.

Pour cette dernière, le dispositif est extrêmement simple du point de vue du client : tout porteur de carte de la banque peut s'inscrire au programme Avantage+, qui lui permet de recevoir des offres de « cashback » sur ses achats, sans intervention de sa part. À chaque fois qu'il réalise une dépense qualifiante avec sa carte, sa cagnotte est alimentée (dans un délai plus ou moins long, pour gérer les cas de retours ou d'annulation) et celle-ci peut être reversée sur le compte courant dès qu'elle atteint le seuil de 20 euros.

LCL Avantage + sur iPhone

Depuis quelques jours, la nouvelle application mobile de LCL ajoute à sa solution une indispensable touche de marketing que les marchands devraient apprécier, puisqu'elle donne de la visibilité, en amont, à leur participation. L'utilisateur y aura notamment accès aux différentes promotions auxquelles il peut prétendre ainsi qu'aux boutiques dans lesquelles il peut en profiter, autour de lui, via une recherche géolocalisée.

De son côté, Lyf Pay met en avant sa capacité à intégrer toutes les variantes d'offres promotionnelles existantes (au-delà du seul « cashback »), mais sa différence s'exprime essentiellement par le fait qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un porte-monnaie mobile, complété de services destinés à enrichir l'expérience. Le parcours d'achat est donc pris en charge de bout en bout par un instrument unique, pour la recherche d'un commerçant, pour les paiements et pour le suivi des avantages accumulés.

La mise en regard de ces 2 initiatives soulève alors une question cruciale : à partir du moment où les services autour du paiement peuvent être incorporés de manière transparente dans les transactions par carte, est-il encore raisonnable de penser qu'ils peuvent représenter un argument décisif en faveur de l'adoption d'un porte-monnaie mobile ? Et, si cet avantage disparaît, revient au premier plan la question de la simplicité de l'acte de paiement, qui n'est toujours pas à l'avantage du smartphone

En l'occurrence, une des clés de l'équation sera l'intérêt que porteront les marchands à la proposition de valeur qui leur est soumise. Avec LCL, ils ne changent rien à leurs habitudes et au fonctionnement de leur entreprise, ils n'ont qu'à programmer leurs promotions à leur guise pour gérer leurs campagnes. Avec Lyf Pay, ils doivent en outre adopter un nouveau système d'encaissement, dont l'usage n'apporte finalement aucun bénéfice tangible, en tant que tel. À leur place, que préfèreriez-vous ?

mardi 16 mai 2017

Le grand match Banque-FinTech

Barclays
À ma droite, le PDG de Barclays affirme qu'il ne craint pas la concurrence de la FinTech. À ma gauche, les représentants de 4 startups proclament que les banques traditionnelles sont incapables de les rattraper. Entre les deux camps, le combat est entamé depuis quelques années mais son issue reste indécise. De quel côté penchera finalement la balance ?

Commençons par rejeter immédiatement l'argument principal du banquier, qui voudrait que la position d'une grande institution est inébranlable parce qu'elle est seule capable – grâce aux importants moyens dont elle dispose – d'assurer la robustesse et la stabilité indispensables aux services critiques qu'elle assure. C'est oublier un peu vite que cette solidité peut parfois s'effondrer et causer des dommages dramatiques et c'est également négliger la capacité, démontrée par les géants du web, de mettre en place des plates-formes parfaitement fiables à moindre coût grâce aux technologies modernes.

Comme je l'ai déjà écrit dans ces colonnes, la principale source de valeur – pour ne pas dire la seule – que détiennent les acteurs historiques face à leurs concurrents émergents est leur portefeuille de clientèle (quasiment captive, car passive) et, surtout, la confiance dont ils jouissent auprès de cette dernière. Parce qu'il n'est pas facile pour une jeune pousse inconnue de convaincre les consommateurs ou les entreprises de lui laisser gérer leur argent, les banques possèdent là un avantage incomparable et durable.

A contrario, les nouveaux entrants considèrent que les institutions financières sont trop encombrées de leur passé pour pouvoir répondre correctement aux attentes de leurs clients à l'ère « digitale » : elles ne possèdent pas l'agilité nécessaire, notamment en raison de leur existant, qu'il s'agisse de leurs processus rigides et d'un autre temps ou de leur patrimoine informatique vieillissant, inadapté aux exigences des services en ligne, des applications mobiles, des chatbots et autres (futurs) agents intelligents virtuels… ou de la directive DSP2, avec l'ouverture qu'elle impose.

Ainsi, la bataille entre nouveaux et anciens peut-elle se résumer à ces deux questions : d'un côté, les banques seront-elles capables d'accomplir l'immense effort de modernisation qui les attend et, de l'autre, les startups ont-elles une quelconque chance de conquérir la confiance d'un nombre suffisant de clients pour survivre ? De toute évidence, des vainqueurs sortiront des deux camps, tandis que ceux qui ne parviendront pas à évoluer suffisamment vite disparaîtront à plus ou moins longue échéance.

Il faut cependant souligner que le temps ne joue pas en faveur des institutions financières, bien au contraire. Plus les banques attendent avant d'entamer les chantiers pharaoniques qui leur permettraient d'offrir les services « digitaux » que demandent leurs clients, plus les coûts et les difficultés d'exécution croissent (exponentiellement). En outre, en attendant cette « résurrection », elles risquent chaque jour de voir s'effriter leur capital confiance – au fil des frictions des usages quotidiens, des petits incidents émaillant la relation… – au profit de la FinTech, qui ne peut que bénéficier de leur immobilisme.

Tortue

lundi 15 mai 2017

Numbrs, du PFM à la distribution de produits

Centralway Numbrs
Il ne manque pas de solutions de gestion de finances personnelles dans le monde et quelques-unes commencent à introduire les assistants intelligents qui les rendent indispensables à leurs utilisateurs. Mais la plupart d'entre elles cherchent encore un modèle économique. Dans ce registre, Numbrs explore une voie originale et prometteuse…

Depuis ses débuts, il y a 4 ans, la jeune pousse zurichoise a considérablement progressé. Sa plate-forme est en mesure d'intégrer les données de la quasi-totalité des institutions financières allemandes, sur la base desquelles elle offre au consommateur des capacités de suivi de sa situation, d'exécution de paiements et de virements, ainsi que des recommandations pratiques personnalisées lui permettant de mieux maîtriser son budget. Forte de cette riche panoplie de fonctions, l'application mobile affiche 1,5 millions de téléchargements et autant de comptes bancaires connectés.

Depuis le début de l'année, Numbrs a intégré une composante supplémentaire à son offre, qui devrait lui permettre de capitaliser sur ce succès et trouver une source de revenus stable : une boutique de produits financiers. Concrètement, l'utilisateur a accès à une sélection de comptes courants, de cartes de crédit et de prêts, dont il peut comparer les caractéristiques, directement dans son app mobile. S'il le souhaite, il a ensuite la possibilité de souscrire instantanément, à distance, et dispose alors d'un accompagnement dans les démarches à effectuer via un service de tchat.

Numbrs Store

Naturellement, pour alimenter les rayons virtuels du Numbrs Store, il faut que les banques soient prêtes à jouer le jeu. De ce point de vue, la popularité de la solution semble convaincante, puisque 3 établissements (dont Postbank) ont signé en 3 mois. Un second pré-requis, potentiellement problématique, est que l'intégration soit techniquement réalisable. Afin d'en réduire la complexité, la startup la prend entièrement en charge, à partir de toute interface (API) pouvant être mise à sa disposition par le partenaire.

Avec le recul, il est aisé de voir la puissance du concept qui est en train d'émerger : grâce aux informations extensives qu'il possède sur la vie financière de ses utilisateurs, à travers l'historique de leurs transactions, l'outil de PFM deviendra, à terme (quand son catalogue sera suffisamment complet), non un comparateur d'offres comme il en existe tant d'autres, mais un moteur de recommandation hyper-personnalisé, proposant le meilleur produit pour un besoin, un contexte et des préférences individuels.

C'est un modèle de plate-forme de distribution que développe Numbrs, reléguant les banques traditionnelles à un rôle de producteur et s'accaparant l'essentiel de la relation client. Encore embryonnaire aujourd'hui, il prendra de l'ampleur, inéluctablement. Les acteurs historiques devront donc rapidement se poser la question du positionnement à adopter : doivent-ils s'allier avec ces nouveaux intermédiaires ou seront-ils capables de proposer à leur client un expérience équivalente (ou, mieux, supérieure) ?